Après le choc : relance et choix structurels de Michel Cabannes, économiste

Bonjour,

L’association Le Café Economique de Pessac vous fait partager un texte rédigé par Michel Cabannes ( économiste) sur les choix économiques de l’après Covid 19, intégrant des éléments des visio-rencontres et de ses lectures.

Alors que les politiques de relance font consensus, les choix économiques structurels essentiels pour l’avenir suscitent des divergences. Pour ceux qui voudraient approfondir certaines questions voir la bibliographie en fin de texte.

Après le choc : relance et choix structurels

 

Le Covid 19 a créé un choc économique considérable. Dans l’urgence, pour le contenir, les États ont décidé des mesures draconiennes qui ont mis les économies à l’arrêt. Ils ont montré qu’ils peuvent interrompre la machine économique dont on disait qu’elle était impossible à contrôler (Hartmut Rosa, Bruno Latour). Dans l’urgence, « l’impossible redevient possible » (Anne Eydoux). Les 4/5 des 3,3 milliards d’actifs ont subi la fermeture totale ou partielle du lieu de travail. En France, l’activité a chuté environ d’1/3 pendant les deux mois de confinement. Les demandes d’emploi ont cru de 30% en trois mois pour atteindre 4,575 millions fin avril. La consommation a baissé par rapport au revenu.

Le Covid 19 a créé une incertitude qui affecte  la demande et sur l’offre après le déconfinement.  Il produit un effet inhibiteur sur la consommation des ménages et les investissements  des entreprises. Les normes sanitaires dégradent les conditions de l’offre (choc négatif de productivité) : baisse du chiffre d’affaire,  hausse des charges fixes, perturbation des chaines d’approvisionnement. Les secteurs les plus touchés sont l’aérien, le tourisme, le ferroviaire, les services à la personne. La baisse de la rentabilité incite les entreprises à réduire les effectifs pour restaurer leurs marges.

Les États ont réagi rapidement au choc économique par des politiques macroéconomiques de relance, à l’image de la réaction initiale à la crise financière de 2008, ce qui est une victoire du keynésianisme qu’il faut cependant relativiser (I).

Leurs politiques structurelles vont devoir intégrer des aspirations écologiques, sociales et d’autonomie, soit en restant sur la trajectoire néolibérale, soit en s’en écartant pour des projets alternatifs (II).

l . La relance, nécessaire et limitée.

Le ralliement des États aux solutions de type keynésien face aux crises, déjà évident pour le court terme en 2008-2009, est confirmé par leurs réactions au choc économique du Covid 19. Mais la victoire du keynésianisme, outre qu’elle n’est pas forcément définitive, doit être relativisée dans le contexte de la persistance du  néolibéralisme et de la dégradation du capitalisme

I.1.  Le choc macroéconomique.

En France, le PIB doit chuter en 2020 de 8 à 10% (Commission UE -8,2%, Xerfi -9,6%) avant de connaitre la croissance en 2021 (Commission 7,4%, Xerfi  9,1%), mais il resterait fin 2021 inférieur au niveau de fin 2019. En 2020, il doit y avoir 900000 destructions d’emplois (Xerfi), le solde financier public doit atteindre -9,9% PIB et la dette publique 116,5% PIB (Commission UE)

Dans l’Union Européenne, le PIB doit chuter de 7,4% en 2020 puis croître de 6,1% en 2021. En 2020, la baisse est inférieure à la moyenne dans les PECO (Pologne -4,5%), les pays nordiques, les pays germaniques (Allemagne -6,5%) et supérieure à la moyenne en France (-8,2%), en Grèce, en Italie, en Espagne, en Irlande, en Croatie, en Lituanie. En 2020, le solde financier public moyen doit atteindre -8,5% du PIB, et la dette  publique moyenne 102,7% du PIB (Commission UE).

Dans le monde, le PIB doit baisser de 3% en 2020, davantage dans les pays avancés (-6,1%) que dans les pays émergents et en développement (-1%) (FMI). La crise de l’emploi, la crise sociale et la crise des finances publiques doivent se conjuguer en 2020. En 2021, le PIB pourrait croître de nouveau (Monde 5,8%, Pays avancés 4,5%, Pays émergents du Sud 6,6%) (FMI)

I.2. Un soutien général.

a) Les politiques de soutien initial. 

Les politiques monétaires ont apporté un soutien massif aux banques. La BCE a injecté 700M€ en deux mois. Les politiques budgétaires ont soutenu  les revenus des ménages et des entreprises. Dans l’UE, ces dépenses  ont atteint 2,5% du PIB, de 1% à 3% PIB suivant les pays ; les prêts  d’urgence de l’UE  ont atteint 540M€. En France, le soutien a été de 110M (chômage partiel 42M€), report de cotisations et d’impôts, garantie de  l’État aux prêts d’un an aux entreprises (300M€).

b) Les politiques  de soutien prolongé.

Au plan budgétaire, on ne renouvelle pas l’erreur des politiques d’austérité qui avaient bloqué  la reprise après la crise de 2009. Le plan de relance de la Commission contient 750M€ de dépenses financées par emprunts sur les marchés ; 500M de subventions iront du budget européen aux États les plus affectés par le Covid 19 ; 250M€ seront des prêts. La question du remboursement de 500M est renvoyée à plus tard.  Certains pays du Nord de l’Europe sont réservés. En France, l’État soutient fortement les grandes entreprises  de l’automobile et du secteur aérien.

Au plan monétaire, les banques centrales continuent la politique d’expansion afin de soutenir le système financier et l’économie. E, Europe, le soutien apporté par la BCE aux États membres s’impose d’autant  plus que l’on cherche surtout à éviter une nouvelle crise de la zone euro. Toutefois une contestation  d’inspiration ordo-libérale subsiste en Allemagne comme le montre l’arrêt de la Cour de Karlsruhe.

I.3.  Une victoire du keynésianisme à relativiser.

a) Une victoire dans le cadre macroéconomique.

Le keynésianisme l’a emporté sur l’orthodoxie lors du confinement. Les États ont procédé à des politiques de soutien pour assurer la stabilité des revenus des ménages et des entreprises. La défense du système l’emporte sur les autres considérations. Cela avait déjà été le cas à la fin de 2008 et en 2009. Les leçons de la crise des années 1930 ont été tirées en 2020 comme en 2008.

Le keynésianisme l’emporte aussi  pour la sortie de crise. Les banques centrales poursuivent  les politiques d’abondance monétaire, de faibles taux d’intérêt, d’acquisition de titres de dette publique. Les États adoptent des politiques budgétaires de relance pour limiter la récession après la phase aigüe de la crise. Toutefois, un retour des thèses des tenants de l’orthodoxie pourrait se produire d’ici 2022 au vu de l’ampleur des dérapages des déficits et de la dette.

b) La compatibilité avec le néolibéralisme.

Le néolibéralisme est compatible avec l’expansionnisme monétaire. Il n’implique pas forcément l’austérité monétaire, même si celle-ci a contribué à son implantation au début des années 1980 en créant un chômage massif qui a réduit l’inflation et le pouvoir des salariés. Depuis lors, les politiques monétaires permissives sont possibles sans inflation. Les politiques de faibles taux d’intérêt, voulues par Keynes pour stimuler l’emploi  et « euthanasier les rentiers » sont aujourd’hui réclamées par les milieux financiers qui en retirent des gains en capital.

Le néolibéralisme est compatible avec des relances budgétaires. L’histoire des États-Unis montre qu’il s’accommode de déficits publics énormes, y compris sous des présidents conservateurs (Reagan, Bush et Trump). Il relève des politiques structurelles et il peut être associé à diverses politiques macro-économiques dont la relance. « Cette stratégie néokeynésienne est une variante connue du néolibéralisme. Elle s’appuie sur l’idée que l’État doit intervenir en cas de choc exogène, pour rétablir la rentabilité du capital et la normalité du fonctionnement des marchés » (R. Godin).

c) Les limites d’une relance keynésienne.

Les politiques de relance keynésienne ne suffisent pas pour s’attaquer aux effets structurels du Covid 19, à la dégradation du capitalisme et au réchauffement climatique.

La crise du Covid 19 nécessite des transformations productives. Elle favorise notamment l’essor du capitalisme numérique au détriment des autres activités. « A l’échelle de la société, cette crise va être un accélérateur de la transformation du monde » (Daniel  Cohen). Tout cela appelle des politiques  pour réorienter la production, l’emploi et la formation.

Le Covid 19 n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le capitalisme néolibéral ne va pas bien. Les gains de productivité et la croissance du PIB tendent à diminuer dans les pays avancés. La gestion actionnariale, la mondialisation et la financiarisation soutiennent la rentabilité du capital. Mais cela augmente les inégalités, réduit la part des salaires dans la valeur ajoutée, dégrade les finances publiques et produit des crises financières. L’environnement ne cesse de se dégrader et le climat de se réchauffer (Jean-Marie Harribey). Plus récemment, la prospérité de la finance contraste avec la croissance ralentie de la production et des échanges mondiaux (Michel Husson).

La lutte contre le réchauffement  climatique implique d’énormes transformations de la production, de la consommation et des techniques  ainsi que les reconversions et la formation des salariés. La limitation de la croissance nécessite la réduction du temps de travail pour préserver l’emploi.

ll. Les choix structurels : continuité ou bifurcations ? 

La crise du Covid 19 et la dégradation écologique ont provoqué de fortes aspirations au changement dans la société. On se trouve à un carrefour décisif. Va-t-on choisir de simples inflexions  dans le cadre de la continuité de la trajectoire des politiques néolibérale ? Va-ton choisir des bifurcations écologiques et sociales, des changements de cap  véritables ?

II.1. Les demandes de changements.

a) Plus d’écologie.

« Cette crise nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien » (Edgar Morin). « Le virus nous a forcés à vivre une expérience globale et métaphorique des désastres exponentiels à l’œuvre, qui nous menacent tous autant que nous sommes : le dérèglement climatique, la destruction des milieux de vie ou la raréfaction des ressources » (Geneviève  Azam). La préservation de notre habitat devient prioritaire. « Notre terre risque de devenir inhabitable. Au réchauffement climatique, à la perte de la biodiversité, à l’épuisement des ressources naturelles, s’ajoute maintenant la crise sanitaire. Dans les décennies à venir, l’objectif essentiel ne doit plus être la croissance mais la préservation de notre habitat. Non plus développer les nouveaux besoins plus ou moins artificiels, mais de satisfaire les besoins de base de la population, en limitant les dégâts écologiques et même en les réparant » (Henri Sterdyniak).

b) Plus de social.

Les demandes de la population ont été renforcées par les carences dénoncées lors de la crise sanitaire: mieux rémunérer les « premiers de corvée », les plus utiles socialement ; réduire les inégalités en forte augmentation, combler les trous de la protection sociale pour les plus démunis qui en sont exclus, combler les graves lacunes des systèmes de santé et de soins aux personnes âgées. L’essor des communs refondant les services publics est également demandé (Benjamin Coriat).

c) Moins de mondialisation.

La demande de relocalisation est massive: 9 français sur 10 veulent qu’on favorise la relocalisation des entreprises industrielles (Sondage Odoxa Comfluence). En France, la crise a montré la nécessité d’une réindustrialisation pour des raisons économiques et d’indépendance (Louis  Gallois).  L’opinion publique exige plus de sécurité sanitaire et plus de sécurité alimentaire.

d) Complémentarités entre les choix.

La priorité écologique implique un objectif égalitaire. Les inégalités sociales sont énormes pour la pollution subie et pour les émissions de GES (rapport 10% plus riches/ 10% plus pauvres : 8 en France, 24 aux USA, 46 au Brésil). Davantage de justice sociale est nécessaire pour faire accepter la transition écologique par tous et pour réduire le consumérisme alimenté par l’imitation des riches.

Une loi d’airain régit les projets réformateurs: plus les objectifs s‘éloignent des résultats du marché, plus cela nécessite des moyens interventionnistes. Cela vaut dans tous les domaines. Plus l’écologie est prioritaire, plus il faut des instruments efficaces pour infléchir les comportements des entreprises et des ménages. Plus le social est prioritaire, plus l’intervention par la fiscalité, par les transferts ou par la loi doit être importante. Plus les relocalisations sont ambitieuses, plus il faut intervenir pour limiter le libre échange.

ll.2. La continuité : le néolibéralisme amendé.

a) Le soutien à l’accumulation du capital.

La priorité au soutien des profits reste l’axe central de la politique fiscale, notamment le refus d’augmenter la fiscalité du capital et la poursuite de la baisse des charges. Il en va de même pour  le refus d’augmenter les salaires pour peser sur le partage de la valeur ajoutée et la dépense publique.

Le capital exige une soumission du travail à ses intérêts pour reconstituer ses marges après la crise. L’assouplissement du droit du travail reste un objectif du MEDEF. Geoffroy Roux de Bézieux a lancé « la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant plus, un surplus de croissance. L’Institut Montaigne préconise la hausse de la durée du travail dans ses neuf propositions pour adapter du temps de travail en contexte de crise.

La réorganisation des services publics reste dans le collimateur des néolibéraux qui s’appuient sur la critique de la gestion publique du Covid 19 pour préconiser la managerialisation et des privatisations. Pour Olivier Babeau, la crise doit servir d’électrochoc pour des réformes structurelles.

b) Des inflexions écologiques.

Cela peut comprendre des investissements verts, un financement public à conditionnalité faible sans supprimer des aides anti-écologiques, l’essor du télétravail et des circuits courts, d’autres  objectifs (économie circulaire, rénovation énergétique) avec des moyens limités. Mais les freins sont nombreux en France: le courrier du MEDEF au gouvernement pour assouplir les normes environnementales (avril 2020), l’attribution sans conditions de 20M€ pour recapitaliser des entreprises stratégiques, le choix par l’UE de Black Rock comme conseiller sur l’environnement.  Dans la population, « l’angoisse du chômage risque de servir d’épouvantail pour reconduire le monde d’hier » (Gaël Giraud). « L’emploi est la solution imposée aux individus par le capital pour survivre » (Frédéric  Lordon). L’urgence des fins de mois risque de prévaloir sur l’angoisse de la fin du monde.

c) Des ajustements sociaux.

Cela doit comprendre des hausses des salaires limitées aux professions des « premiers de corvée », des mesures pour boucher les trous de la protection sociale pour les plus démunis et des investissements de rattrapage surtout dans la santé. Les freins  émanent des milieux économiques : « Nous devrons, sans freiner la reprise à court terme, traiter ensuite ce qui était déjà notre problème avant la crise : pour le même modèle social que nos voisins européens, nous dépensons beaucoup plus. Donc il faudra viser une gestion plus efficace » (F. Villeroy de Galhau).

d) Des relocalisations ponctuelles.

« Cette stratégie pourra prendre des aspects « progressistes » s’accompagnant  de plans de relance keynésiens ou de relocalisations ponctuelles » (Romaric Godin).  La relocalisation peut concerner certains biens de santé (masques, principes actifs des médicaments) et certains produits agricoles. Cela ne devrait pas aller au-delà. Pour la Commision de l’UE, il est  « hors de question de remettre en cause nos accords de libre échange » (Thierry. Breton). La Commission persévère dans ses options : les négociations d’élargissement avec l’Albanie et la Macédoine, les accords de libre échange avec le Viet Nam et avec le Mexique, en attendant l’Australie et la Nouvelle Zélande. La démondialisation préconisée par (Walden Bello) parait exclue dans ces conditions. Les  multinationales n’évoquent guère des relocalisations dans les pays industriels (André Gauron).

II.3. Les bifurcations : les projets  écologiques et sociaux.

a) Le tournant écologique et social dans la croissance.

De nombreux projets de transition écologique. Cela comprend notamment le Green New Deal de la gauche démocrate, porté par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortes (AOC) et une multitude de projets en Europe dont ceux du mouvement Diem 25 (2017) et de l’Institut Veblen  (Aurore Lalucq, Mathieu Jublin). Ils englobent principalement  des grands programmes d’investissements publics verts, notamment dans les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles et la rénovation massive des logements. Ils comprennent souvent une dimension sociale : souvent un revenu minimum inconditionnel, parfois la garantie de l’emploi par l’État, c’est-à-dire un emploi pour tous ceux qui veulent travailler au salaire existant.

Des facilités monétaires de financement.

L’idée d’un financement monétaire des dépenses publiques formulée par la finance fonctionnelle (A. Lerner 1943) a été élargie par la New Monetary Economy. Au-delà du refinancement sur le marché secondaire, le financement direct du Trésor par la BCE (Dominique Plihon, Jean-Marie Harribey) éviterait la sanction des marchés. L’annulation de la dette publique par la BCE (Baptiste Bridonneau,  Laurence Scialom, Alain Grandjean, Nicolas Dufrène) permettrait de consacrer ces sommes à des projets écologiques. La monnaie hélicoptère (Aurore Lalucq,  Jezabel Coupée Soubeyran) aurait un effet direct sur la dépense. Ces projets ont l’avantage d’éviter l’austérité aux effets ravageurs (Gaël Giraud). Ils sont parfois critiqués comme relevant de la « monnaie magique » (Henri Sterdyniak).

b) La mutation écologique et sociale de la société.

Cette option nécessite une mobilisation pour l’écologie basée sur la sobriété et l’égalité. Cela suppose une hiérarchisation des besoins définie collectivement: les besoins vitaux, les besoins artificiels nécessaires et les besoins artificiels superflus (Razmig  Keucheyan). Cela appelle une réduction de la hiérarchie des revenus définie collectivement : un revenu mensuel minimum de 1500€ par personne impliquerait un revenu maximum au plus 4 fois supérieur (Pierre  Concialdi et ali. 2019). Cela nécessite des moyens incitatifs mais aussi coercitifs, comme des interdictions ou des quotas de consommation individuelle, utiles si la fiscalité pénalise les plus démunis sans affecter les riches. Cela implique une planification démocratique dans son élaboration et efficace dans son exécution pour atteindre les objectifs collectifs (Cédric Durand et Razmig Keucheyan).

Les « propositions pour un retour sur terre » (Dominique Bourg et ali) incluent une forte réduction de l’empreinte écologique et des moyens dirigistes (quotas d’énergie par individu, encadrement des écarts de revenus, protectionnisme coordonné et contrôle des flux de capitaux). L’ONG The climate mobilization préconise une prise en main provisoire par les États de l’économie pour réorienter  l’industrie vers l’écologie, une fiscalité exceptionnelle notamment sur les fortunes liées aux énergies fossiles et une forte mobilisation de la population incluant des interdictions et des quotas individuels d’émission de CO2 (Aurélien Boutaud et Nathalie Gondran).

c) Les enjeux des bifurcations écologiques et sociales.

L’objectif d’un réchauffement  inférieur à 2 degrés avec baisse des émissions de CO2 de 50% d’ici 2050 impliquerait une chute de l’intensité en carbone de la production et une croissance mondiale inférieure à  1%, donc nulle dans les pays du Nord pour laisser croître les pays du Sud. Cela plaide pour les projets de sobriété écologique plutôt que pour ceux de la croissance verte.

Variante 1 Variante 2 Variante 3
Variation de la production mondiale -0,72%/an 0%/an +1%/an
Variation de l’intensité en carbone de la production -1,5%/an -2,2%/an -3,2%/an

Jean-Marie Harribey, 2020, p.58.

La transition écologique doit entrainer de vives tensions pour trois motifs: le prix du carbone nécessaire écologiquement serait socialement impraticable ; Il n’y a pas de solution écologiquement efficace qui soit rapidement disponible ; les actifs potentiellement échoués du fait du changement de modèle risquent de créer une instabilité financière (Olivier Passet). Cela implique des interventions fortes suscitant des réactions.  « Le monde d’après sera un champ de bataille » (Hervé Kempf).

Enfin, le système capitaliste, même débarrassé du néolibéralisme, est plus compatible avec les projets de Green Deals qu’avec les projets fondés sur une sobriété égalitaire.

Conclusion.

« La crise du coronavirus sonnera-t-elle la fin du capitalisme néolibéral ? » (Patrick Artus). Ce n’est pas certain.  Le « monde d’après » va surtout dépendre des rapports de forces sociales.

. La continuité néolibérale amendée par la satisfaction de certaines revendications est assez probable du fait des pesanteurs économiques en l’absence d’un mouvement social. La continuité l’avait déjà emporté après la crise de 2008 (Dani Rodrik). Mais cela ne remédie pas aux difficultés structurelles du capitalisme néolibéral.

. Les bifurcations écologiques et sociales s’éloignent du néolibéralisme. Les politiques du tournant écologique et social, relevant d’une croissance verte, sont politiquement plus attractives mais risquent d’être en deçà de l’urgence écologique. Les politiques de mutation écologique et sociale, exigeantes en matière de sobriété et d’égalité, mettraient en cause le système économique en subordonnant l’économie à la satisfaction des besoins et à la préservation de la vie. 

 Michel Cabannes, Economiste (2 juin 2020)

Nous vous souhaitons une bonne lecture !

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Le bureau

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