Chronique – Michel Cabannes « L’extractivisme se porte bien » (Mai 2024)

Chronique – Michel Cabannes « L’extractivisme se porte bien » (Mai 2024)

L’extractivisme est un compagnon de route du capitalisme. Il correspond à une exploitation massive des ressources naturelles, à une quête sans limite des matières premières. Cela concerne les exploitations minières (métaux, minerais, charbon), les exploitations pétrolières et gazières, et l’exploitation intensive des ressources agricoles, forestières et maritimes. L’extractivisme minier a accompagné le développement industriel. En France, du XVIIe à la fin du XXe siècle, près de 5 600 mines ont été exploitées (charbon, fer, plomb, argent, zinc, cuivre, etc.)., ainsi que 244 mines d’uranium.

L’extractivisme prédateur historique

A l’époque de la colonisation, l’extraction de ressources naturelles était destinée à l’exportation vers les métropoles. Cela s’insérait dans la spécialisation traditionnelle des pays du Sud dans l’exportation de produits primaires et des pays du Nord dans l’exportation des produits manufacturés. Ce modèle a parfaitement survécu à la décolonisation. L’extractivisme domine dans les économies des pays du Sud, surtout les pays d’Amérique latine.

Les multinationales exploitent la faiblesse des normes sociales et environnementales dans les pays du Sud pour imposer leur politique prédatrice. Elles accaparent des territoires au détriment des populations autochtones. Elles opèrent sans véritable consultation des populations locales. Elles créent des pollutions dévastant les écosystèmes. Elles nuisent aux activités de subsistance (pêche, agriculture, élevage). Elles mettent en péril le droit à l’eau et à un environnement sain des populations riveraines. L’agriculture et l’élevage intensifs polluent, épuisent et assèchent les sols, et contribuent à la déforestation.

Les populations locales mènent des luttes courageuses contre les multinationales. Mais la répression est souvent féroce. Plus de 2000 défenseurs de l’environnement ont été assassinés ces 20 dernières années, le Mexique détenant le record (54 en 2021). Plus des ¾ des attaques des défenseurs des droits ont lieu en Amérique latine. ¼ de ces assassinats sont liés à l’extractivisme, principalement au secteur minier. Les peuples autochtones sont les plus visés (plus de 40% de ces assassinats).

L’extractivisme se porte toujours bien. Au cours des 20 dernières années, les volumes de métaux extraits dans le monde ont doublé. Partout, les entreprises, soutenues par les Etats, repoussent les limites des frontières extractives.

Le bel avenir de l’extractivisme.

L’avenir de l’extractivisme s’annonce sous les meilleurs auspices. Pourquoi ? Parce que la décarbonation de l’économie nécessite le recours à beaucoup de métaux.  « Pour sauver le climat, ouvrons des mines ! », résume l’économiste Nadine Levratto pour décrire la problématique actuelle. Une course aux métaux (lithium, cobalt, cuivre etc.) est lancée pour produire des énergies vertes (éoliennes, panneaux solaires, batteries). Pour la Banque mondiale : « l’extraction de ressources minérales est un complément et non un obstacle à la construction d’un avenir plus vert et plus durable ». La course aux matières premières est aussi un enjeu de la rivalité entre les grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie …). Avec la nouvelle ruée sur les métaux, les volumes extraits pourraient être multipliés par plus de 5 d’ici 2050.

On ne saurait pourtant oublier qu’une extraction débridée des métaux qui se substitue à celle des énergies fossiles présente des dangers pour les écosystèmes. L’extraction minière crée des pollutions liées à l’accumulation de déchets, de dépôts de matières toxiques, de produits chimiques dégradant l’eau et les nappes phréatiques, des dégâts liés à la consommation d’énergie et d’eau (ex. l’ancienne mine d’or de Salsigne dans l’Aude).

La préservation des écosystèmes doit concerner le Sud comme le Nord. Il n’y a pas de raison de réserver l’extraction des métaux aux pays du Sud. Il nous faut partout renoncer à la boulimie extractiviste. Il faut d’une part réduire le contenu en matériaux de l’économie, notamment par le recyclage des matériaux critiques, dont les terres rares (l’objectif européen est seulement de 10% de la consommation annuelle). Il faut d’autre part opérer une réflexion collective sur les besoins à satisfaire afin réaliser un effort partagé de sobriété.

Michel Cabannes, Economiste (ex Enseignant Université de Bordeaux)

 

Chronique Michel Cabannes Les paradoxes néolibéraux des finances publiques (Avril 2024)

Les paradoxes néolibéraux des finances publiques (Avril 2024)

Revoilà le déficit et la dette sur le devant de la scène médiatique et politique, Comme d’habitude, cela sert à justifier de nouvelles mesures d’austérité pour restreindre les dépenses publiques. Les bons apôtres qui tiennent ce discours et qui ne jurent que par le marché oublient la responsabilité du néolibéralisme dans la dégradation tendancielle des finances publiques : il stimule indirectement les dépenses publiques et sociales alors qu’il réduit directement les recettes fiscales.

Le paradoxe des dépenses publiques.

Les politiques néolibérales ont libéré les forces du marché depuis les années 1980 par les privatisations, la dérèglementation de la finance et des échanges internationaux, la flexibilisation du marché du travail. Elles ont stimulé la marchandisation, la financiarisation et la mondialisation de l’économie, ainsi que le primat de la gestion actionnariale des firmes. Ces transformations ont provoqué des déséquilibres économiques et sociaux : la désindustrialisation, la montée de la précarisation de l’emploi et de la pauvreté, des tensions multiples au sein de la société. Elles ont entrainé aussi des inégalités de revenu et de patrimoine en faveur des détenteurs du capital et au détriment des salariés (cf. l’évolution du partage entre profits et salaires) et des disparités entre salariés au regard de l’emploi et du revenu (entre « gagnants » et « perdants » de la mondialisation).

Dans ce contexte dégradé, le recours à l’Etat social s’est avéré impératif pour le consentement de la population et la préservation de la société. Cela a impliqué une augmentation de la redistribution par des transferts sociaux dans le cadre de la politique sociale. Cela a nécessité aussi des dépenses supplémentaires pour les services publics et les diverses fonctions collectives.

Par ailleurs, le recours accru à l’Etat s’est avéré nécessaire pour les entreprises et l’économie. D’une part, dans la logique néolibérale, l’Etat a souvent augmenté les aides aux entreprises pour soutenir la compétitivité des produits et la rentabilité du capital. D’autre part, les crises successives ont impliqué des dépenses publiques supplémentaires pour soutenir les revenus des ménages et l’activité économique.

D’où un premier paradoxe : dans le capitalisme néolibéral, les budgets publics et sociaux tendent à croître à long terme, ce qui est contraire au projet néolibéral. Cela permet d’éviter que les dégâts sociaux du néolibéralisme provoquent une explosion sociale ou une forte dégradation économique. D’où la difficulté pour les gouvernements d’inverser la tendance par des politiques d’austérité.

Le paradoxe des déficits publics.

Ce n’est pas tout. Le néolibéralisme génère aussi directement un manque de recettes publiques.

D’abord, l’idéologie antifiscale dominante qui sert d’abord les intérêts du capital et des plus riches, se traduit par des réductions d’impôts en faveur des entreprises (impôt sur les sociétés), du capital (fiscalité de l’épargne) et des ménages riches (moindre progressivité de l’impôt sur le revenu, suppression d’impôts sur la fortune).

Ensuite, la mondialisation nuit aux recettes publiques à double titre : elle permet une fuite des bases fiscales mobiles (profits, capitaux), en partie vers les paradis fiscaux, et elle génère une compétition fiscale entre les Etats qui conduit à la chute des taux d’imposition correspondants, notamment au sein de l’Union européenne.

Enfin, le souci de maintenir la paix sociale implique aussi des réductions des prélèvements obligatoires sur les ménages les plus démunis.

D’où un second paradoxe : les déficits publics permanents et l’endettement public élevé caractérisent l’ère néolibérale, ce qui est contraire à l’orthodoxie budgétaire de nombreux néolibéraux. Les finances publiques sont plus dégradées sous le capitalisme néolibéral des 40 dernières années que sous le capitalisme de compromis social des 30 années précédentes. Le rapport dette publique / PIB qui avait chuté avant le début des années 1980 s’est envolé depuis lors en France (1950 : 45%, 1986 : 26%, 2023 110%) comme aux EtatsUnis. Cela résulte de la collision entre le néolibéralisme fiscal et la hausse des dépenses publiques.

La disparition des tensions sur les finances publiques n’est pas pour demain… Il faudra d’abord rompre avec l’idéologique antifiscale dominante.

Michel Cabannes, Economiste (ex Enseignant Université de Bordeaux)

Chronique Michel Cabannes La crise agricole (Février 2024)

La crise agricole (Février 2024)

La crise agricole (février 2024) La révolte actuelle des agriculteurs est d’abord la conséquence des politiques qui ont promu un modèle productiviste, dont les effets sociaux et écologiques sont destructeurs.

Des politiques productivistes et inégalitaires.

Les politiques depuis 1945 ont visé la modernisation de l’agriculture, la croissance de la productivité par la mécanisation, les intrants chimiques, le remembrement, la spécialisation et la concentration des exploitations.

Dans un premier temps, ces politiques furent clairement protectionnistes, d’abord au plan national, puis après 1962 au plan européen avec la création de la PAC (politique agricole commune). Celle-ci était alors basée sur le soutien des revenus par les interventions sur les prix des marchés (prix garantis, stocks régulateurs, quotas). Ce dispositif, qui était coûteux et inégalitaire, a permis à l’Europe agricole de devenir autosuffisante et exportatrice nette.

Dans un second temps, après 1992, la PAC a pris un tournant néolibéral. D’une part, l’ouverture de l’agriculture aux marchés mondiaux par la réduction des protections douanières, puis l’élargissement de l’UE, ont intensifié la concurrence. D’autre part, les mécanismes d’intervention sur les marchés ont disparu : le soutien des prix a été remplacé par des aides liées à la taille des exploitations (2003), ce qui a maintenu leur caractère inégalitaire : 80% des aides sont captées par 20% des exploitations au niveau européen.

La mutation productiviste de l’agriculture.

La concurrence accrue a intensifié la course au rendement, le productivisme, l’intensité capitalistique et l’agrandissement des exploitations. On assiste à la fin du monde paysan remplacé par l’agriculture d’entreprise. L’agriculture a réalisé d’importants gains de productivité : en France, la valeur crée par an et par travailleur agricole a quasiment été multipliée par 3 en 30 ans, passant de 20000$ en 1990 à 58000$ en 2020. Le volume de travail agricole a chuté, passant de 2,4 millions à 700000 emplois équivalents temps plein de 1970 à 2020. Le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par 4 depuis 1970 pour atteindre 390000 en 2020.

Depuis le début des années 2000, le modèle productiviste, en marge de ses dégâts environnementaux, rencontre des difficultés croissantes du fait du ralentissement des gains de productivité et, parfois, de la demande mondiale.

La crise sociale de l’agriculture.

Dans ces conditions, les agriculteurs dénoncent une situation qui ne permet pas à beaucoup d’entre eux de vivre de leur travail. Ils subissent à la fois un rapport de forces défavorable dans les négociations de prix avec les grandes firmes, une concurrence internationale inégale liée à des disparités de normes sociales ou environnementales, et parfois un « effet de ciseau » en période de baisse des prix et de hausse des coûts.

De plus, l’activité agricole apparait comme la plus inégale des professions. En France, le revenu courant annuel avant impôt des agriculteurs est supérieur à 150000€ pour les 10% les plus aisés et inférieur à 15000€ pour les 10% les plus pauvres, ce qui les situe en dessous du SMIC horaire compte tenu de leur durée de travail. Les inégalités sont fortes suivant les filières (rapport de 1 à 6 entre les revenus moyens des éleveurs bovins et caprins et ceux des éleveurs porcins). Les réponses du gouvernement français à la crise actuelle ne sont pas à la hauteur du problème social agricole. Par ailleurs, les mesures pour une autre agriculture sont très insuffisantes (subventions à l’agriculture bio, mesures agro environnementales climatiques MAEC)

Une politique agricole alternative devrait viser à garantir un revenu décent pour les agriculteurs par la fixation de prix minimums rémunérateurs, une maitrise des volumes par exploitant, une protection extérieure par l’activation de clauses de sauvegarde. Il faudrait des plans d’urgence pour les filières en crise (agriculture bio, viticulture, fruits et légumes) et l’encadrement des marges des firmes contractantes. Enfin, les aides devraient être redéployées en faveur des petites exploitations et des formes d’agriculture non productiviste.

Michel Cabannes, Economiste (ex Enseignant Université de Bordeaux)

Chronique Michel Cabannes : Le logement, amplificateur d’inégalités (Janvier 2024)

Chronique : Le logement, amplificateur d’inégalités (Janvier 2024)

Le retournement actuel du marché de l’immobilier, favorisé par la hausse des taux d’intérêt, n’efface pas l’envolée de ses prix depuis 20 ans : ils ont augmenté 4 fois plus vite que les revenus de 2001 à 2020 (+125% contre +29%). Le logement est devenu un poste essentiel de dépense, passant de 9,5% du revenu en 1960 à 23% aujourd’hui. C’est un domaine majeur de la crise sociale dans notre pays, aggravé par le désengagement de l’Etat (rapport Oxfam sur le logement, décembre 2023).

Des inégalités à tous les étages.

. L’envol des prix de l’immobilier a approfondi l’écart entre les ménages les plus aisés et les ménages les plus démunis par rapport au logement. La part des dépenses de logement dans le revenu est plus de 2 fois plus élevée pour les 25% les plus riches (32%) que pour les 25% les plus pauvres (14%). La part dans le budget des étudiants est 2 à 3 fois plus forte que pour la moyenne des ménages. Plus le revenu d’un ménage est faible, plus le logement réduit la part du reste à dépenser dans le budget.

. La hausse des prix de l’immobilier exclut même les catégories intermédiaires en relevant la barrière à l’accès à la propriété Pour acquérir un 40m2 à Paris, il fallait gagner 8125€ brut par mois en 2022 contre 3500€ il y a 20 ans. Seuls les plus fortunés peuvent acheter, les autres doivent s’endetter sur des périodes de plus en plus longues (15 ans en 2000, 22 ans en 2020).

. Les inégalités affectent massivement le parc de logement. La propriété des logements est concentrée : 3,5% des ménages détiennent 50% des logements mis en location par des particuliers. Le nombre de résidences secondaires croit plus vite que celui des résidences principales (1,7% contre 0,9% de 2013 à 2018). Le nombre de logements vacants (3 millions, 8,2% du parc de logements en 2023) augmente. Le mal-logement s’aggrave. On compte plus de 4 millions de mallogés et 5,2 millions de passoires thermiques (17% du parc résidentiel).

. L’accès au logement est un parcours du combattant. 2,4 millions de ménages attendent un logement social. Plus d’1 million de personnes sont privées de logement personnel, dont 330000 personnes sans domicile (Fondation Abbé Pierre). 2800 enfants étaient sans solution d’hébergement en octobre 2023 (FAS). On relève environ 15000 expulsions par an (17500 en 2022).

Le désengagement de l’Etat au profit du marché.

. La construction de logements sociaux a baissé depuis 2017 : 126000 en 2016, 96000 en 2021, environ 85000 en 2023. Les aides à la pierre pour le logement social ont quasiment disparu, l’Etat a augmenté la TVA et prélevé sur les fonds propres des bailleurs sociaux depuis 2018. Le logement social ne concerne que moins de 8% des étudiants.

. Le logement a cessé d’être une priorité. L’effort public pour le logement a été réduit (2,2% du PIB en 2010, 1,6% en 2022. Les aides aux personnes, qui sont très redistributives, ont été réduites chaque année depuis 2016 (-15%) (APL réduites, APL accession supprimées).

. Le désengagement public ouvre la voie aux investisseurs privés. Ceux-ci dominent le secteur du logement intermédiaire. Les investissements dans les résidences privées étudiantes et seniors se sont multipliés. Les réformes du secteur aidé ont transformé la gestion des organismes bailleurs. La financiarisation affecte même le logement de populations à bas revenu.

. L’explosion de la location courte durée (type AirBnB) accroit les tensions en réduisant l’offre de logements résidentiels et aggrave les inégalités.

. Les aides fiscales récentes (ex. dispositif Pinel pour l’investissement locatif) sont coûteuses pour l’Etat (3 niches fiscales : 11M€ en 12 ans, équivalent à 70000 logements sociaux), mal ciblées et peu incitatives.

Il est urgent que le logement redevienne une priorité appelant une politique volontariste de l’Etat. Cela passe notamment par un effort accru pour le logement social, par la limitation du rôle des sociétés financières, par la maitrise des prix du foncier, par le plafonnement du taux d’effort pour les ménages à bas revenu, par l’encadrement strict des meublés touristiques, par une fiscalité foncière progressive et par des mesures fortes sur les logements vacants.

Michel Cabannes, Economiste (ex enseignent Université de Bordeaux)

COP28 : contexte et résultats

Débat Mardi 16 Janvier 2024 18h20h

La COP28 : contexte et résultats


I. Le contexte.

I.1. Evolution du système terre.

 

D’après Ch. Bonneuil et J-B. Fressoz, L’évènement anthropocène, Seuil 2013

 I.2. Les émissions mondiales croissantes de CO2.

a) Croissance de la teneur de l’atmosphère en GES (stock).

1750-2019. Teneur en CO2 : +49%., méthane +160%, protoxyde azote + 23%

Teneur en CO2 : 280 ppm (particules par million, millilitres CO2/mètre3 d’air) avant le début de l’industrialisation, 310 ppm en 1950, 358 ppm en 1988, 400 ppm en 2015, 413 ppm en 2020, 417 ppm en 2022.

 

b) Croissance des émissions annuelles mondiales de GES (flux).

Emission CO2 : 1970-2023 (milliards de tonnes CO2)

1970 1980 1990 2000 2010 2015 2020 2021 2022 2023
19,9 23,7 27,7 30,6 38 40,4 38,5 40,3 40,7 40,9

 c) Motif : une décarbonation du PIB inférieure à la croissance du PIB.

– Emissions CO2 = PIB x intensité carbonique PIB, soit : E = PIB x ICPIB

2000-2020, la croissance des émissions CO2 (+37,9%) résulte d’une baisse de l’intensité carbone du PIB (-27,5%) inférieure à la croissance du PIB (+89,7%).

– ICPIB = IE (intensité énergétique PIB) x IC (intensité carbonique de l’énergie)

La baisse de l’ICPIB ne vient que de la baisse d’intensité énergétique du PIB (-25,4%) car l’intensité carbonique de l’énergie résiste (-2,2%) du fait de lenteur de la substitution des énergies nouvelles aux énergies fossiles.

I.3.  Les responsabilités inégales dans les émissions de CO2.

a) Emissions annuelles par tête (2019).

CO2/tête : Monde (6,5t) : 1% riches 110t, 10% riches 31t, 50% pauvres 1,6 t.

Empreinte carbone/tête : Etats-Unis 21,1t, France 8,7t, Chine 8,0t, Inde 2,2t.

b) Emissions cumulées par niveau de revenu (1990-2015).

c) Emissions cumulées historiques par pays (1850-2021).

Les Etats-Unis (20% du total mondial) devancent la Chine (11%) et la Russie (7%). La responsabilité des vieux pays industriels a précédé celle de la Chine.

Emissions cumulées de CO2 1850-2021 : part des 20 premiers pays émetteurs

I.4. Des ambitions récentes inabouties.

a) La COP21 (Paris 2015).

Objectif : limiter le réchauffement « en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible « limiter la hausse à 1,5°C » ; neutralité carbone « équilibre entre émissions et absorptions anthropiques avant la fin du siècle. Rien sur les énergies fossiles ; projets nationaux incohérents avec l’objectif.

b) Des réalisations insuffisantes.

– Pays du Nord : inflexion sans chute. UE : années 80 ; Etats-Unis : années 2010. Motifs du retard : soutien aux énergies fossiles, défense du mode de vie.

– Pays du Sud (Chine, Inde, autres) : pas d’inflexion. Motifs de l’inertie : croissance économique et dépendance aux énergies fossiles.

 

 II. La COP28.

II.1. Un énorme défi à relever.

a) Le retournement drastique à accomplir.

Le retard dans les réalisations à la suite de la COP 21 de 2015 impliquait de décider un énorme retournement immédiat des politiques nationales pour atteindre rapidement la limitation du réchauffement à 1,5°C ou 2°C.

 

b) Des nouveaux plans nationaux insuffisants.

Les plans nationaux d’avant la COP28 en 2023 impliquaient globalement 2 fois plus de combustibles fossiles en 2030 que nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique, une baisse des émissions de CO2 entre 2019 et 2030 très en-dessous des 43% de baisse nécessaires dans ce but et un réchauffement climatique compris entre +2,1°C et +2,8°C à la fin du siècle (rapports climat ONU, novembre 2023). Leurs engagements à la COP 28 ne couvrent que 30% de l’écart à la trajectoire de +1,5°C (AIE, 10 décembre 2023).

II.2. L’engagement final vers la décarbonation.

Le texte final adopté par consensus reprend l’objectif de +1,5°c°. C’est un programme de décarbonation de l’économie mondiale.

a) Mise en cause des énergies fossiles.

– Rappel : un désaccord initial et des pressions multiples.

. 3 options en présence au début de la COP : « sortie juste et coordonnée des énergies fossiles » (UE, Etats insulaires) ; des efforts pour les réduire (Etats-Unis, Canada, Russie) ; pas de mention de sortie (Pays pétroliers, Chine, Inde).

. De fortes pressions des pays pétroliers (dont la lettre de l’OPEP) et de très nombreux lobbyistes des énergies fossiles présents à Dubaï.

– Le texte final : « une transition hors des énergies fossiles »

. Une « transition hors des énergies fossiles dans les systèmes énergétiques, d’une manière juste, équilibrée et équitable, en accélérant l’action climatique dans cette décennie critique, de manière à atteindre la neutralité d’ici 2050 ».

. Engager la fermeture de centrales et chaudières industrielles à charbon non équipées de systèmes de capture et stockage de gaz carbonique.

. Supprimer les subventions aux énergies fossiles qui sont inefficaces.

b) Voies complémentaires.

Reprise des objectifs proposés par l’AIE (Agence Internationale Energie).

. Triplement de la production énergies renouvelables d’ici 2030.

Proposition déjà soutenue par 123 pays (UE, Etats-Unis, Emirats Arabes Unis).

. Doublement du rythme d’essor de l’efficacité énergétique de 2% à 4% par an.

. Liste de technologies pour décarboner le secteur électrique : renouvelables, nucléaire, capture et stockage du carbone, hydrogène bas carbone.

. Accélération de la baisse des GES autres que le dioxyde de carbone, essentiellement le méthane.

II.3. Les faibles engagements financiers.

Les pays émetteurs historiques de GES rechignent à mettre suffisamment d’argent en matière de justice climatique.

a) Le Fonds pour les « pertes et dommages » : dérisoire.

Ce mécanisme de solidarité des pays historiquement les plus émetteurs envers les pays les plus touchés par les dérèglements climatiques, acté à la COP 27 en 2022, a été concrétisé le premier jour de la COP28.  Les premiers ont promis environ 800 millions $. Il faudrait 1000 fois plus pour répondre aux besoins réels liés aux pertes er dommages.

b) Le Fonds « adaptation » : échec.

L’objectif mondial d’adaptation au changement climatique (canicules, pluies diluviennes) est dépourvu d’indicateurs. Les engagements sont faibles ; on en reste à la promesse de doubler le fonds d’adaptation d’ici 2025 de 20 à 40M$ par an. C’est très en-dessous des besoins (entre 215M$ et 387M$ selon l’Adaptation Gap Report de l’ONU).

c) Un chantier pour de nouvelles taxes.

Un groupe de travail (5 pays dont France, Espagne, UE, Union Africaine) est créé pour concevoir des taxes basées sur le principe pollueur-payeur (firmes fossiles, transport maritime etc.)

II.4. Un accord important par l’objectif et insuffisant par les moyens.

a) Un accord important par l’objectif de décarbonation.

La COP28 ouvre la voie à un monde sans combustibles. Elle cible les énergies fossiles pour la première fois après les dérobades des COP précédentes. Elle préconise l’accélération des énergies nouvelles et de l’efficacité énergétique.

b) Un accord préservant l’ordre économique par les moyens retenus.

Il privilégie les nouvelles technologies (ex. techniques décarbonées, techniques de capture de carbone non éprouvées et peu sûres) et les ajustements par les marchés, et tend à minimiser le rôle de la sobriété. Cela vise à préserver le mode de vie des consommateurs dans les pays développés, surtout des catégories les plus aisées, dans un but favorable à l’accumulation du capital.

b) Un accord insuffisant envers l’urgence climatique par les moyens retenus.

– Des échappatoires pour les énergies fossiles :  pas de calendrier de sortie précis et contraignant, autorisation des « carburants de transition », fin des seules « subventions inefficaces », l’évocation des « circonstances nationales », du gaz fossile comme énergie de transition.

– Des engagements financiers dérisoires des pays du Nord, d’où un manque de financement des pays du Sud qui va y retarder la transition.

– La réalisation dépendra en définitive de la bonne volonté des Etats.

Michel Cabannes, Economiste (ex Enseignant Université de Bordeaux)

 


 

En attente nouvelle date Débat/Dédicace « Démocratie ! Manifeste

Christophe Pébarthe Barbara Stiegler 

« DEBAT du 05/12/2023 ANNULE ET REPORTE A UNE DATE ULTERIEURE »
DEBAT/DEDICACE
« NOUVELLE DATE EN ATTENTE » 

 

 

Soirée ouverte à toutes et à tous « Les inscriptions sont closes »

 

 

« Démocratie ! Manifeste  aux éditions Le Bord de l’Eau (septembre 2023)

La philosophe Barbara Stiegler et l’historien Christophe Pébarthe cherchent ensemble à élaborer une histoire et une philosophie démocratiques de la démocratie. Pour ce faire, ils reviennent à la racine de ce régime et en rappelle la singularité, pour ensuite dégager les problèmes contemporains de la démocratie.

Depuis 2500 ans et sa création à Athènes, la démocratie a longtemps été ressentie comme un scandale. Le peuple pouvait-il donc se gouverner ? Sans faire confiance aux jugements de certains de ses membres, mieux éduqués, disposant du temps nécessaire pour réfléchir aux problèmes de la société ? À peine était-elle créée que ces critiques, et bien d’autres, lui étaient opposées. Au mieux, elle était envisagée comme un idéal que les réalités sociales rendaient impossibles. Le peuple étant majoritairement composé de pauvres, ces derniers gouvernaient de fait la cité selon leur intérêt, et non celui de tous. En s’instituant deuxième philosophe après Socrate, l’Athénien Platon mit en forme cette opposition qui gouverne encore aujourd’hui le plus souvent la philosophie.

Si la peur de voir des ignorants exercer le pouvoir a perduré, force est de constater que la perspective d’un gouvernement du peuple a été abandonnée ou, au mieux, confondue avec une dérive qualifiée de « populiste ». Au nom de la complexité des enjeux, une minorité d’experts autoproclamés, légitimés par des élections, dirige ce qu’ils nomment des démocraties représentatives. À chaque contestation sociale toutefois, ils n’hésitent à se draper dans l’intérêt général pour défendre des mesures majoritairement rejetées. Ils dessinent ainsi un gouvernement contre le peuple au nom de son intérêt supérieur. C’est donc bien, encore et toujours, l’égale capacité à produire un jugement sur la société qui est contestée.

Au nom de leur engagement et de leur discipline respective, Barbara Stiegler et Christophe Pébarthe discutent de ce qui demeure le problème des élites dirigeantes, le cœur vivant de la démocratie : le peuple.

Invités :
  • Barbara Stiegler, professeure de philosophie à l’Université Bordeaux Montaigne et auteure de nombreux ouvrages
  • Christophe Pébarthe, maitre de conférences en histoire grecque à l’Université Bordeaux Montaigne
Lieu : BSE bibliothèque Bordeaux Science Economique Université de Bordeaux avenue Léon Duguit – Bât. H (proche Sciences Po) 33600 Pessac Tram B Arrêt Montaigne/Montesquieu S’y rendre le Plan ICI
Association Le Café Economique de Pessac
 Email : contactcafeco@gmail.com

 

 

Chronique – Les enjeux de l’économie sociale et solidaire – Michel Cabannes Octobre 2023

Les enjeux de l’économie sociale et solidaire Chronique de Michel Cabannes Octobre 2023

 

L’économie sociale et solidaire repose sur la primauté des personnes et des objectifs sociaux sur le capital, la coopération volontaire et la solidarité, la gouvernance démocratique et le réinvestissement des bénéfices dans l’activité. Elle englobe les coopératives, les mutuelles, les associations, les fondations, les entreprises sociales, les groupes d’entraide…

L’ESS est un secteur résilient qui est un vecteur de transformation sociale et un instrument de réparation sociale et qui doit faire face au défi de la banalisation.

Un secteur résilient.

L’économie sociale a émergé au XIXème siècle : les premières formes d’organisation ouvrière et populaire sont nées sous l’empire de la nécessité. Depuis lors, elle a résisté malgré la domination du capitalisme et s’est étendue en fonction des nouveaux besoins. L’économie sociale a été élargie récemment à l’économie solidaire fondée sur la réciprocité, ainsi qu’à l’entreprenariat social.

En France, l’ESS, régie par la loi Hamon (2014) représente 6% du PIB, emploie 2,4 millions de salariés (10,5% du total) et 13 millions de bénévoles. Cela inclut les associations (77,7% des emplois), les coopératives (12,9%), les mutuelles (5,8%), les fondations (3,6%) et 329 sociétés commerciales. Elle concerne le secteur social (40,9% de l’emploi), l’enseignement et les activités économiques et financières. Dans l’UE, l’ESS emploie 6,3% de la population active.

Un vecteur de transformation sociale.

La pérennité de l’ESS est la preuve qu’on peut gérer des activités sur un mode non capitaliste privilégiant la coopération. « L’apport essentiel de l’ESS c’est de montrer qu’il est possible de mener des activités économiques de manière durable et pérenne sans recherche du profit comme moteur » (B. Coriat). Ces organisations peuvent être performantes et créer des emplois. L’ESS concentre les espoirs d’un changement social face aux effets destructeurs du capitalisme et aux échecs du modèle étatique ; elle correspond à l’aspiration à l’auto-organisation qui resurgit périodiquement. Elle fait la synthèse entre le principe d’initiative et le principe de solidarité, permettant des innovations sociales. Les SCOP montrent que lorsque les travailleurs participent à la décision, les conflits sont moindres et les conditions de travail meilleures.

Un instrument de réparation sociale.

L’ESS sert souvent à compenser les défaillances du marché. « Dans la société actuelle, l’ESS me semble surtout un sparadrap, une béquille face aux défaillances du marché » (S. Latouche). Les initiatives créatrices de l’ESS incitent le secteur privé lucratif à se lancer dans les créneaux rémunérateurs et à transformer ces activités en sources de revenu actionnarial (ex. ORPEA).

L’ESS sert aussi de substitut à la défaillance de l’Etat social, notamment dans les services à la personne. L’Etat sous-traite à l’ESS qui doit faire mieux que l’Etat avec moins. Subventionner ces services lui coûte moins cher que de les produire lui-même. Ce sont les salariés, surtout les femmes, qui en font les frais.

Le défi de la banalisation.

Il existe un risque d’effacement des spécificités de l’ESS sous la pression du marché ou de l’action publique. La création d’un marché unique de l’assurance par les directives européennes affecte les mutuelles (fin du monopole mutualiste sur la complémentarité santé) : elles continuent d’innover mais on observe un processus de convergence avec les sociétés d’assurance. Dans le domaine bancaire, le marché favorise la standardisation des produits, les stratégies de croissance et la concentration du secteur. La gestion des banques coopératives se rapproche souvent du privé sous la pression de la concurrence, ce qui a suscité des critiques lors de la crise de 2008. Le secteur social et médico-social n’est pas épargné par le new public management. Les injonctions publiques et la professionnalisation favorisent l’homogénéisation des entités d’un secteur.

L’ESS doit impérativement relever le défi de la banalisation liée surtout à la pression du capitalisme néolibéral. Le pari n’est pas gagné mais le jeu en vaut la chandelle car c’est la condition pour qu’elle assure pleinement sa fonction de transformation sociale pour préparer l’avenir.

Rendez-vous : Anniversaire « les 20 ans » du Café économique de Pessac le 17 octobre 18h, Bordeaux Science Eco (Campus Pessac). « Economie solidaire, économie d’avenir ? » Invités : Jean Gatel et Timothée Duverger.

Article – L’interventionnisme nécessaire au capitalisme néolibéral déclinant, par Michel Cabannes Juin 2023

Article – L’interventionnisme nécessaire au capitalisme néolibéral déclinant, par Michel Cabannes *

https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-36-ete-2023/dossier-les-pratiques-de-l-etat-neoliberal-aujourd-hui/article/l-interventionnisme-necessaire-au-capitalisme-neoliberal-declinant

Revue Les Possibles n°36 https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/article/trente-sixieme-numero-des-possibles-la-revue-editee-a-l-initiative-du-conseil

Dans les années 1980-1990, les réformes structurelles ont permis l’émergence du capitalisme néolibéral, financiarisé et mondialisé, en libérant le capital des contraintes publiques et sociales. La libéralisation a été rapide pour la finance et les normes administratives, progressive pour les échanges internationaux, le marché du travail, les monopoles sectoriels et les services publics. Les mutations ont favorisé la subordination des salariés aux entreprises et des entreprises à la finance.

 

BULLETIN DE RESERVATION SOIREE ANNIVERSAIRE DU 17 OCTOBRE 2023 18h30-20h30

BULLETIN DE RESERVATION SOIREE ANNIVERSAIRE DU CAFE ECONOMIQUE DE PESSAC LE 17 OCTOBRE 2023 18h30-20h30 (à imprimer)

 

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